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 Les Salines de Salins les Bains (39)

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Loup Blanc
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MessageSujet: Les Salines de Salins les Bains (39)   Sam 21 Avr 2007 - 15:45

Bonjour,





Entre le Fort Belin,



et le Fort Saint-André,



nichée dans la vallée de La Furieuse, la petite ville de Salins les Bains a vécu pendant de nombreuses années de la ruée vers l'or blanc







L'or blanc, ici, ne signifiait pas encore la neige comme nous avons coutume de la nommer aujourd'hui.
L'or blanc, c'était le véritable trésor des terres comtoises et du Jura en particulier, c'était la denrée nécessaire à la conservation des aliments avant l'arrivée de la chaîne du froid, c'était l'un des nutriments le plus convoité et parmi les plus chers: le sel.

A Château sur Salins d'importants dépôts de charbon de bois datés de 3 000 avant J-C. attestent d'une production de sel par chauffage et évaporation d'eau salée.
On pense même que l'exploitation d'une source d'eau salée aurait existée vers 4 300 avant J-C.

Dans un village entouré de hauts murs, qui ne comptait alors guère plus de 500 habitants, La Grande Saline ou grande Saunerie apparaît au Moyen Age comme une entreprise industrielle importante.
Au XIII siècle, l'installation est propriété du Comte de Bourgogne.

Les Salines en 1628 - extrait d'un tableau de Nicolas Richard.
(partie rouge clair du tableau)


© MTCC/CI - Bevald Phox


Puis plus tard vers 1920

© Droits réservés / Coll. particulière Dr Rigaux


Et de nos jours.





Mais d'où vient ce sel?
A l'ère secondaire, notre région était recouverte par les eaux de l'océan.
Cette masse d'eau au cours de millions d'années s'est petit à petit évaporée, le sel solidifié s'est peu à peu transformé en roche compacte.
Les mouvements tectoniques survenus lors des ères tertiaire et surtout quaternaire avec la poussée des Alpes ont enfoui profondément ces sédiments dans le sous-sol. Ils constituent des bancs de sel gemme que l'on trouve à plusieurs centaines voir milliers de mètres de profondeur.
A Salins on trouve ce gisement aux environs de 250 mètres de profondeur.

Il y a trois façons d'exploiter le sel dans le monde.
- la première, la plus écologique et la plus rentable est l'évaporation de l'eau de mer dans les marais salants.


Photos © Musée des techniques et cultures comtoises


- la seconde est l'exploitation du gisement par une installation minière traditionnelle comme à Varangéville (54) ou à Bex (VD) en Suisse.



- la troisième consiste à récupérée les eaux d'infiltration chargées en sel au contact du banc et qui remontent à la surface ou affleurent.
C'est cette méthode qui fut utilisée à Salins jusqu'en 1962.


Photos © Musée des techniques et cultures comtoises


Voyons les différentes possibilités d'extraire l'eau salée au fil des siècles.
Jusqu'au XIV siècle, le "Griau" ou "Gréal" est un simple seau fixé au bout d'un balancier pour limiter l'effort grâce au contrepoids.
Puis parallèlement à cette technique simpliste, du XIV siècle au milieu du XVIII, une noria ou de godets entraînée par des animaux est venue accroître la production jusqu'à 223 m3 de saumure par 24 heures..
Puis du XVIII siècle à nos jours, une roue hydraulique entraînée par un bief de la Furieuse met en action une pompe encore en activité.


Photos © Musée des techniques et cultures comtoises


Encore une précision technique: à la profondeur atteinte par le seau au bout de son balancier, la salinité de l'eau est de 30 g/l soit sensiblement la salinité moyenne des océans, la Mer Méditerranée qui est une mer fermée arrive à 38 g/l et la Mer Rouge à 41 g/l.



A la profondeur où puise la noria ou "signole", la salinité augmente à 80 g/l .



A partir de 1846, les forages profonds atteignent le banc de sel gemme à moins 250 m, des pompes adaptées, mues par des roues hydrauliques remontent de l'eau titrant 330 g/l de sodium soit nettement plus que la Mer Morte dont la salinité est de 275 g/l.




Il est temps de descendre dans les sous-sols où l'on peut encore voir une partie des installations.
Par un escalier obscur et étroit, nous parvenons dans une véritable crypte romane.



Nous sommes dans une galerie qui remonte au XIII siècle. Longue de 160 mètres à une profondeur moyenne de 9 mètres, l'architecture est imposante de simplicité.









Un très bel écrin qui abrite un magnifique bijou. La roue hydraulique et son système de leviers et de pièces de transmission est toujours là, pleinement opérationnelle. Si elle a continué de pomper jusqu'à une époque très récente pour les besoins de l'établissement thermal, cette installation continue, encore de nos jours, à extraire de la saumure qui est stockée et utilisée l'hiver pour le déneigement des rues de la ville.













Il nous faut désormais remonter et affronter la chaleur qui va permettre l'évaporation de l'eau et la récolte de notre précieux sel.



Cette opération s'effectue dans une poêle.
Salins est fier de posséder encore l'unique poêle française voir européenne qu'elle s'efforce de restaurer.
Voyons le principe de l'opération.



Au rez de chaussée une immense chaudière, dévore quelques 11 000 tonnes de bois tous les ans pour produire de l'air surchauffé. Ce n'est qu'en 1806 que la houille de la Loire remplace progressivement le bois.
A l'étage au dessus se trouvent quatre vastes bassins en briques réfractaires également appelés "bernes" dont les dimensions sont de 17.50 x 4.20 m.



Ces bassins comportent un muret central et des colonnes de fonte.



Sur ces appuis repose une vaste cuve métallique 73.50 m2 que l'on remplit de saumure grâce à des pompes. Entre bassin et cuve circule un gaz chaud (80° C) résultant de la combustion du bois ou du charbon dans le foyer inférieur. Ce gaz est fortement aspiré par les deux cheminées qui dominent la saline.



La poêle est coiffée d'un toit qui empêche la déperdition de chaleur pendant les heures nécessaires à l'évaporation de l'eau.



Il reste alors à huit sauniers répartis de chaque côté de la poêle à tirer le sel avec le "râble" et à le disposer sur le toit de la poêle pour évaporer le reste d'humidité.


Photos © Musée des techniques et cultures comtoises


Dans une atmosphère à 50° C, saturée d'humidité, 12 heures par jour les sauniers exécutaient la partie la plus pénible de la production.

Ce travail s'est poursuivi dans des conditions très similaires jusqu’à la fermeture de la saline en 1962.
Écoutons le récit de M Raymond Legouhy, saunier aux salines de Salins dans les années 1950.


© Musée des techniques et cultures comtoises

J'ai commencé comme tireur de sel, ça consistait à récolter le sel produit dans les poêles. On commençait le matin et on finissait en début d'après-midi.
Pour récolter le sel, on ouvrait les volets en bois disposés autour de la poêle, puis on ramenait le sel au bord de la poêle avec le râble, d'où il était pelleté sur l'égouttoir (la toiture en bois au dessus de la poêle). Le sel restait sur l'égouttoir jusqu'au lendemain matin pour perdre son excès d'humidité.
Le tirage du sel c'était le boulot le plus dur aux salines Les reins en prenaient un sacré coup et il faisait très chaud! La vapeur était suffocante. Il fallait faire attention à ne pas se brûler avec l'eau chaude de la poêle; et le sel, ça creusait des gerçures....


Il ne restait plus alors qu'à stocker l'or blanc et à le conditionner en tonneaux, pains, sacs ou sachets et à le vendre.





De 1775 à 1779, Claude Nicolas Ledoux édifie à Arc et Senans les Salines Royales de Chaux pour utiliser le bois de la forêt de Chaux toute proche.
Un saumoduc (canalisation en bois d'épicéa, puis en fonte de 21 Km unit le lieu d'extraction, Salins à celui de production, Arc et Senans.

Notre très sympathique et très documentée guide et hôtesse nous montre des échantillons de ces conduites.





Je voudrais la remercier très sincèrement pour l'agréable visite qu'elle nous a commentée.

Aujourd'hui Salins les Bains dispose d'un établissement thermal réputé soignant rhumatologie, gynécologie, troubles de la croissance, ostéoporose, soins de remise en forme et relaxation, etc. Un centre de rééducation fonctionnelle lui est également associé.

Les Salines de Salins sont classées "Monuments historiques" depuis le 20 février 1940.
Depuis 2002, elles sont inscrites sur la liste indicative du "Patrimoine Mondial" de l'UNESCO

Pour plus d'informations sur les visites de la saline, vous pouvez contacter:
www.salinesdesalins.com

ou par téléphone,
individuellement le 03 84 73 01 34
ou pour les groupes le 03 84 73 10 92.

Merci également à l'office de tourisme de la ville de Salins les Bains.






René JV pour monjura.actifforum.com, le 20 avril 2007
Photos: © René JV - 20 avril 2007
Photos: © Rémy JV - 20 avril 2007
Vidéos: © Rémy JV - 20 avril 2007
mp3:"Prisonniers de demain" Musique originale © Jean-Charles Robert - Tous droits réservés.





Pour me faire part de vos observations, envoyez-moi un courriel à l’adresse ci-dessous

contact@lataniere39.com

sm9

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