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 Le Musée de la Boisellerie à Bois d'Amont (39)

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MessageSujet: Le Musée de la Boisellerie à Bois d'Amont (39)   Sam 3 Juin 2006 - 10:16

Bonjour,

Dans le Jura, à Bois d'Amont, je vous invite à découvrir le:

Musée de la Boissellerie
ou
Les usages de l'Épicéa.




Le musée est situé dans une ancienne scierie restaurée, au centre du village de Bois-d'Amont.



L'exposition présente les outils et les savoir-faire des paysans boisseliers pour le travail du bois d'épicéa.






A l'origine, il y a l'Epicéa, ce résineux très proche du sapin, mais beaucoup plus odorant.



Pas n'importe quel épicéa. Il nous faut impérativement celui qui pousse lentement, très lentement,
entre 800 et 1300 m d'altitude, celui de nos Hautes-Combes, celui qui, un peu paresseux met près de 250 années pour atteindre un diamètre de tronc de 70 cm environ.



Cet arbre grandit dans des forêts jardinées. Sous la haute surveillance de l' O.N.F. quand on coupe un arbre, immédiatement on extrait la souche et on replante à la place, un jeune sujet qui remplacera l'arbre abattu. C'est dans ces conditions que l'on obtient un bois noble que l'on peut travailler.

Ainsi, l'Homme abat l'arbre, le Cheval attelé à la "liodze" (une sorte de luge très solide qui permet de transporter jusqu'à trois troncs) le conduit à la Scierie.







La scierie est le lieu où l'épicéa subit sa première transformation, on le débite en poutres ou en planches de différentes épaisseurs.
Les machineries de la scierie sont entraînées par les eaux de l'Orbe.



Quand le scieur ouvre une vanne, l'eau retenue par le barrage sur l'Orbe s'engouffre dans les godets de la turbine. Celle-ci entraîne l'arbre moteur vertical, un jeu d'engrenages en renvoi d'angle permet d'entraîner un arbre de transmission horizontal qui sera à la source de tous les mouvements mécaniques dans l'atelier.



De cet arbre de transmission, une longue courroie entraîne au fond de la scierie, un axe solidaire d'une manivelle qui transforme le mouvement rotatif en un mouvement alternatif de bas en haut. Sur cette manivelle est fixée une bielle en épicéa longue de quatre mètres.



A l'extrémité supérieure de cette bielle, est fixé le châssis qui porte les scies, et qui se trouve à l'étage au-dessus. Le principe de la scie alternative hydraulique est utilisé à Bois d'Amont depuis 1580, celle du Musée date, elle, de 1870.





Toute cette belle mécanique dont l'énergie est gratuite, et qui n'entraîne aucune pollution est encore aujourd'hui en état de marche.





Mais si l'eau vient à manquer par suite de sécheresse ou de gel, le scieur a une solution de rechange, la machine à vapeur.
Le combustible est tout trouvé et ne coûte rien non plus, c'est tout simplement la sciure de bois qui est brûlée





Récupérée par le musée, cette machine était restée soigneusement à l'abri. Elle a été patiemment remise en état.
C'est une machine de fabrication suisse datant du tout début du XX siècle, monocylindre, à volant d'inertie.





Attention, ce volant d'inertie que vous avez vu sur les dernières images pèse 4 tonnes, et il est arrêté à la main, car la machine ne peut redémarrer que dans une seule position de son cylindre.



Mais que fabriquent les menuisiers de ce village, à partir de 1750, avec les planches et lambris débités dans ces scieries?


La Tabletterie

Des artisans fabriquaient des coffrets de toute sorte par assemblages de planchettes, ou tablettes d'épicéa, ils étaient tabletiers.

D'autres se spécialisèrent dans la fabrication de petites cabines en épicéa, les cabinets d'horloge qu'ils revendaient ensuite aux peintres en cabinet.



La première tronçonneuse fût utilisée sur les chantiers vers 1935, deux ouvriers soulevaient les 35 Kg de l'engin mu par un moteur électrique.
Le modèle 1945 qui ne pèse " plus " que 25 Kg peut-être actionné par un seul scieur. Mais ce n'est qu'à partir de 1955 que le moteur thermique permit d'alléger la tronçonneuse à moins de 10 Kg.





Le Tavaillon



Du début du XVII siècle jusque vers 1950, la plupart des maisons du Haut-Jura étaient couvertes en tavaillons. Ce sont des planchettes d'épicéas fendues à l'aide d'un fer. Elles sont imperméables, car ce fer décolle les fibres de bois, sans les couper.
Utilisé en toiture, ce matériau durait une trentaine d'années. Il a été abandonné en toiture, mais il est très utilisé pour le bardage des façades exposées au sud-sud-ouest. Dans ces conditions, il dure une centaine d'années. Celui de la photo ci-dessus a 120 ans. (Voir le sujet sur la ferme dans le Ht-Jura.)



Si le tavaillonneur fend du bois plus épais, et qu'il le façonne en arrondi sur son banc d'âne, il peut alors fabriquer toutes sortes de récipients utilisés dans les fermes et les fromageries, seaux, bouilles, bagnolets, barattes, boisseaux (mesure à grains).



Du boisseau on arrive tout naturellement à la boissellerie, activité qui fait de Bois d'Amont la capitale mondiale de la boite à fromage en bois d'épicéa. Aujourd'hui sous ce terme anecdotique on englobe les boites en bois, plastique et carton. Les boites bois ne représentent plus qu'un quart du marché, et celles en épicéa, qu'un quart de ce quart environ.






La Boissellerie

A l'origine, le boisselier est un fabriquant de boisseaux, puis il se mit à fabriquer des boites à manchons, à chapeaux, à dattes, à massepains. Vers 1789 on fabrique des boites à cirage. Et vers 1800 débute la fabrication de boites rondes pour la pharmacie. C'est le début de la saga des boites à Bois d'Amont.



Pour fabriquer une boite à pharmacie, le boisselier poussait d'abord un tranchoir sur un morceau d'épicéa vert afin d'obtenir des tranches de 2 à 3 mm d'épaisseur...



quand la force hydraulique remplaça la force de l'homme, on utilisa une trancheuse...



Le boisselier posait sa planchette sur une surface en bois dur, et à l'aide d'un fer utilisé en emporte-pièce et d'un maillet, il découpait des disques d'épicéa qui allaient constituer les fonds des boites et des couvercles. Il les mettait alors à sécher sur des claies.



Puis pour le côté de la boite, l'artisan débite des targes, sorte de copeaux très réguliers obtenus à l'aide d'un gros rabot ou varlope qu'il poussait sur la tranche d'une planchette.



Il est temps maintenant de vous présenter Adélaïde qui fait ce métier depuis déjà pas mal de temps.



La targe obtenue, Adelaïde doit modifier la courbure du copeau car le côté lisse doit se trouver à l'extérieur de la boite. Pour cela elle utilise le dispositif avec deux cylindres que l'on voit au premier plan de l'établi.



Adélaïde avait pris soin de préparer de la colle à base de peau ou de poisson diluée dans de l'eau et chauffée sur le poêle. Au moyen d'un pinceau elle enduisait le bord de la targe de colle, le copeau appliqué contre un disque posé sur l'établi prenait la forme voulue pour la boite, en attendant que la colle sèche, la targe était maintenue dans une sorte de pince constituée par une fente dans une planchette.





En 1890, un négociant en boites à pharmacie se rend dans le Dauphiné, au passage à Lyon, il se restaure et achète un fromage; à cette époque, sur les marchés, les fromages sont étalés sur de la paille. Notre voyageur, Germain Lacroix, à l'idée de faire fabriquer des boites ayant les dimensions de ces fromages ronds.
La production de ces boites à fromage augmenta très vite. Pour faire face à la demande il fallut se moderniser, se mécaniser.

La rondeuse vint remplacer l'emporte-pièce, et la réalisation des fonds se fit à l'aide d'une perceuse équipée de scies cloches adaptées aux dimensions désirées.



On fabrique même des boites à fromage destinées à recevoir une meule entière de Comté ( environ 40 Kg) pour son exportation par bateau, vers les États Unis.



Contrairement à la réglementation en vigueur pour les boites à pharmacie, le métal est autorisé dans la réalisation des boites à fromage pour la fermeture de la targe et sa fixation sur le fond. D'abord réalisé à l'aide de clous, cet assemblage se fait, à partir de 1920, par agrafage.



Autre outillage transformé par l'arrivée de l'électricité, et sous la pression d'une fabrication de masse est la targeuse. Il s'agit d'une énorme varlope coulissant horizontalement par l'action d'une manivelle mue par un moteur électrique.












Le Ski

Et puis, à Bois d'Amont où l'hiver et la neige règnent en maîtres pendant huit mois de l'année, il fallait quand même se déplacer, aller travailler, aller à l'école et pour ça Bois d'Amont développa très vite la fabrication du ski pour compléter l'usage des raquettes et des traineaux.
Ici, c'est le bois de frêne qui est mis en oeuvre.

Au tout début on emploie des bois naturellement courbés, puis de 1920 à 1950 le bois est cintré par application d'un fer très chaud sur du bois ramolli par de la vapeur d'eau.





Puis les matériaux composites modernes s'emparèrent de la fabrication et un fabricant jurassien, perpétue à Bois d'Amont la réalisation de skis de plus en plus techniques.

Il me reste à remercier notre aimable guide qui voulut bien m'autoriser les prises de vue qui illustrent ce sujet, et dont les explications nous ont tous passionnés, merci aussi à Adélaïde pour sa fidèlité à son poste.

N'hésitez pas à visiter ce musée si vos pas vous conduisent à Bois d'Amont, vous ne serez pas déçus.
Les lieux à visiter sont agréables, accessibles, et le matériel est en parfait état de marche.



Pour plus de précisions pour une visite réelle de ces lieux, le site officiel du musée vous renseignera sur les heures et périodes d'ouverture.

www.museedelaboissellerie.com/




René JV pour monjura.actifforum.com, le 3 juin 2006
Photos: © René JV - 3 juin 2006
Vidéos: © Rémy JV - 3 juin 2006
mp3: "Dawn" © Vangelis





Pour me faire part de vos observations, envoyez-moi un courriel à l’adresse ci-dessous

contact@lataniere39.com

sm9

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