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 Le barrage d'Etables et la centrale de Porte-Sachet (39)

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Loup Blanc
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MessageSujet: Le barrage d'Etables et la centrale de Porte-Sachet (39)   Mer 20 Déc 2006 - 16:28

Bonjour,

Le 13 décembre 2006 était organisée la visite d'un haut lieu du patrimoine
technico-industriel de St-Claude: sa centrale hydroélectrique de Porte-Sachet et le barrage d'Étables.

Avant de commencer il faut surtout se remettre dans le contexte de l'époque où ce projet a vu le jour.

Depuis 1899, la ville de St-Claude était alimentée en électricité (la nouvelle énergie révolutionnaire de l'époque) par la SA L'Union électrique depuis sa centrale du Saut Mortier sur l'Ain ( un peu en aval de Vouglans ) et par une petite génératrice diesel installée près du pont du gaz à St-Claude.


La ville de Saint-Claude décide en 1920 de construire sa propre centrale hydroélectrique. 1er projet présenté avec la demande de concession le 15 mars 1922, 2e en 1924 ou 1925. Travaux autorisés par décret le 26 octobre 1927.

Confiée en 1928 à l'entrepreneur parisien Jules Debachy, la construction commence en mars 1929 par le barrage qui est inauguré par le Maire Jules Mermet en 1930, la centrale étant bâtie en 1930 et 1931.


Le Barrage d'Etables



Situé à quelques kilomètres en aval de la ville, le barrage est le verrou des gorges de la Bienne.



A l'origine la retenue est de l'ordre d'un million de m3.



L'ouvrage en béton armé est composé d'une vanne de fond permettant la vidange totale de la retenue.
Cette vanne étroite et en partie ensablée n'est plus utilisée de peur de ne pouvoir la refermer.



Trois vannes constituent la partie régulante du barrage. La partie supérieure de chacune de ces trois vannes est constituée d'un volet mobile d'une hauteur de 80 cm que l'on rabat horizontalement en cas de gros débit pour réguler la retenue.



En cas de crues plus importantes, les vannes sont relevées par des treuils électriques situés au dessus des vannes. Ces machines disposent d'une alimentation électrique redondante pour la sécurité des riverains de la retenue.



Quand on voit le débit d'une simple fuite sur l'évacuateur de crue, on imagine facilement l'enfer qui règne ici lorsque les trois vannes sont complètement levées.



Une galerie d'amenée d'environ 2200 m creusée sous le mont Truffet, conduit l'eau à l'usine. Cette galerie en pente de 20 % du barrage jusqu'à la cheminée d'équilibre est pleine d'eau, elle assure à la centrale un débit constant de l'ordre de 20 m3/seconde.
L'origine de cette galerie se situe au barrage, rive gauche. Elle est protégée des objets flottants dans la rivière par une large grille.



Cette grille est débarrassée des bois morts ou feuilles indésirables par un dégrilleur automatique.



La cote de l'eau (altitude de la surface de la retenue par rapport à la mer), le débit de la rivière en amont de St-Claude et juste en aval de la ville sont constamment mesurés et affichés au barrage et à l'usine.
Ces chiffres font l'objet d'une attention permanente du personnel d'astreinte.




La Centrale de Porte-Sachet

A cinq kilomètres du barrage, par la route, se trouve l'usine de production.



La 1ère turbine est mise en place en septembre 1931, la dernière en novembre. De 1932 à 1935 ont lieu des améliorations destinées à pallier diverses malfaçons. Suite à un contrat d'abonnement passé le 26 juin 1928 par la ville, l'Union électrique lui achète l'électricité produite (environ 20 millions de kW par an). Ce contrat a été repris par EDF lors de la disparition de l'Union électrique.

Je voudrais ici rappeler que les installations que nous visitons aujourd'hui ont 75 ans et que si elles ne sont pas à la pointe de la technologie, l'exploitant se plaignant d'une conduite entièrement manuelle de la centrale, elles n'en sont pas moins en parfait état de marche et qu'elles fournissent quotidiennement leur part d'énergie au réseau EDF qui est tenu de l'acheter.
La ville étant propriétaire des installations par une convention qui ne se terminera qu'en 2048, les bénéfices des ventes ainsi générées sont intégralement versées au crédit du budget municipal.

Entrons dans la salle des machines.



La centrale dispose de 4 alternateurs. La puissance totale est de 5000 KVA soit environ 4 000 KW ou 4 MégaWatt (puissance insuffisante pour démarrer un TGV. Un TGV sud est= 6420 KW, un TGV Atlantique=8800 KW).

Chaque groupe est composé d'une turbine Neyret-Beylier et Picard-Pictet (Neyrpic, Grenoble) de 1930,



d'un alternateur de la Cie générale électrique (Nancy) rebobiné en 1966 par les Ets Laborde-Kupfer (Lyon)







Depuis la chambre d'équilibre jusqu'aux turbines la chute est de 32 m, elle est canalisée par une conduite forcée de 3 m de diamètre que l'on distingue entre les pilotis.



Finissons de traverser la salle des machines et poussons la porte de la salle de commande. La aussi le choc est grand...



Une armoire électromécanique permet de piloter la centrale.



Des ampoules en opposition de phase et des indicateurs de vitesse permettent au pupitreur d'aligner la vitesse de ses alternateurs pour les mettre en phase avec le réseau et pouvoir ainsi se connecter.



Les mêmes instruments de mesure affichent toujours tension et puissance,



Tandis que l'ampèremètre mesure les intensités débitées.



Seule concession au modernisme l'afficheur digital des hauteurs d'eau et des débits de la rivière apporte ici comme au barrage une touche de nouveauté.



Une étourdissante collection d'interrupteurs à couteaux, de rhéostats à plots, et de compteurs sur tableaux en marbre, fait son possible pour continuer d'assumer sa tâche malgré ses 75 ans d'âge. Certains appareils ont été mis à la retraite, bien méritée, et sont de ce fait mis hors tension.







Portée de 10 000 volts aux bornes des alternateurs à 20 000 volts à la sortie de la centrale, le courant produit est livré à EDF qui l'envoie en 63 000 volts sur son réseau.
La production de 24 255 000 kW en 1965, s'est stabilisée à 22 500 000 kW en moyenne à la fin des années 1980.

Les installations ont été confiées en gérance à EDF en 1992. EDF est chargée d'en assurer le fonctionnement au mieux des intérêts de la ville de Saint-Claude.



N'oubliez pas que le déclenchement simultané des quatre groupes pour une raison ou pour une autre, volontaire ou non va envoyer 20 m3/seconde d'eau dans le lit de la rivière en aval de la centrale.
Respectez toujours ces panneaux, et souvenez vous de l'accident du Drac qui décima une classe d'enfants venue voir des castors.



L'électricité est une fée, mais elle a des exigences.



Merci au CPIE de St-Lupicin responsable de l'organisation de cette visite.
Merci à EDF qui nous a accueillis et qui malgré le plan vigipirate en cours a bien voulu nous laisser pénétrer dans les installations et nous communiquer les informations nécessaires.
Merci enfin à Monsieur Laurent Poupart qui a réalisé en 1991 une étude dans le cadre du repérage du patrimoine industriel et dont je me suis inspiré pour écrire ces lignes.



René JV pour monjura.actifforum.com, le 20 décembre 2006
Photos: © Rémy JV - 13 décembre 2006
mp3: "Les feuilles mortes" - J Prévert - J Kosma




Pour me faire part de vos observations, envoyez-moi un courriel à l’adresse ci-dessous

contact@lataniere39.com

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