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 Les Tavaillons dans le Ht-Jura - Les Bouchoux - La Pesse (39

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Loup Blanc
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MessageSujet: Les Tavaillons dans le Ht-Jura - Les Bouchoux - La Pesse (39   Jeu 7 Déc 2006 - 14:54

Bonjour,

Les murs de l'habitat haut-jurassien sont essentiellement formés de moellons de pierre assemblés avec une argile grasse mélangée de sable : le "gi".
Le gi résiste mal aux intempéries. Il faut préserver les façades exposées au gel, battues par les pluies abondantes et les forts vents d'ouest.

On les protége au moyen d'un revêtement extérieur, fait de petites tuiles de bois assemblées sur un chassis également en bois, scellé au mur.

C'est la bataillée de tavaillons.





A une vingtaine de kilomètres au sud de Saint-Claude, aux Bouchoux (39), au lieu dit sur la Roche, nous rencontrons Monsieur Robert Dromard un des derniers artisans qui perpétuent cette vieille tradition.

La quarantaine affirmée, Robert nous accueille à son domicile.



A son compte depuis 1999, notre hôte a d'abord fait son apprentissage de tavillonneur chez nos voisins suisses de la Gruyère (FR) pendant un an et demi.



Tout de suite un petit point technique.
Je vous ai emmené visité un tavaillonneur et je vous parle d'apprentissage de tavillonneur. Ce n'est pas une différence sémantique due à la frontière administrative entre nos deux pays. C'est tout simplement une affaire de tradition.

Côté Suisse,les tavillons sont posés à "bord recouvrant" alors qu'en France les tavaillons sont posés "bord à bord".



Avant d'aller plus loin, voyons une question simple, qu'est-ce qu'un tavaillon?



Suivant l'usage qui lui est réservé, toiture ou façade, on peut dire qu'un tavaillon est une tuile de bois de 42x14x1,1cm ou de 33x12x0.7cm.

Pour l'obtenir notre artisan va d'abord aller en forêt choisir sa matière première. Il ne choisira pas n'importe quoi.
Très rigoureusement il recherche des épicéas sur pied, de pleine forêt, pas de pré-bois.



Ces arbres devront de préférence avoir poussé sur un versant sud-ouest, à plus de 1 000 m d'altitude et d'un âge variant de 120 à 150 ans.
Robert s'attarde plus spécialement sur des arbres dont les premières branches se situent à au moins 8 m du sol et dont le tronc mesure de 45 à 60 cm de diamêtre.

Ces épicéas seront abattus par un bûcheron professionnel de façon à ne blesser ni l'arbre choisi ni ses voisins de forêt.

Pour vous prouver la qualité du bois choisi, voici deux exemples d'objets réalisés dans ces épicéas par

Marc Séraphin à Villard sur Doron (73).




L'arbre abattu sera séparé de ses branches mais non écorcé de façon à éviter au bois de sécher.

Le tavaillonneur dispose d'un arbre d'une longueur d'environ 40 m, dont il utilisera de 8 à 16 m pour les tavaillons proprement dits, le reste sera débité par une scierie pour l'obtention des planches, lambourdes et lattes nécessaires à la pose.

Une fois le bois livré à son atelier, l'artisan dispose de "meules" d'épicéas, sortes de cylindres du diamètre de l'arbre et débités en longueur de 33cm dans lesquels il va commencer sa production réservée aux façades.



On pourrait dire que la partie d'épicéa utile pour la fabrication du tavaillon ressemble à une tranche d'ananas, c'est pourquoi il faut, tout d'abord, enlever l'écorce, puis éliminer le coeur et débiter la périphérie en quartiers.

Pénétrons dans l'atelier, après un bref coup d'oeil sur les outils,



Voici les quartiers.



Traditionnellement c'est avec un maillet et un fer à fendre que Robert va façonner son tavaillon.
Le maillet est presque toujours de fabrication maison avec des morceaux d'épicéa comportant des noeuds.
Dans le patois du pays, le fer à fendre est appelé "fendieu".













Nous avons maintenant devant nous des tavaillons bruts,



Avant de pouvoir les poser, il va falloir les "parer".
Le parage consiste à rendre parallèles les deux bords du tavaillon, le retoucher éventuellement afin de lui conférer une épaisseur à peu près constante. Cette opération qui peut-être exécutée à la scie pour des tavaillons de bas prix n'a pas lieu d'exister chez notre ami Robert.
Ici, on défend le tavaillon de qualité et l'on travaille dans le respect de la tradition.
Cette opération de finition ne peut s'opérer que de deux façons si l'on prétend assumer cette tradition..

Du côté gaulois du pointillé administratif, on opère avec le banc d'âne..

Le banc d'âne est un banc sur lequel le tavaillonneur s'assoit à califourchon. Une sorte d'étau est fixé devant lui, il introduit son tavaillon, le serre d'une pression du pied et à l'aide d'une plane ou couteau pareur il va réaliser les opérations décrites ci-dessus.









Mais comme je vous l'ai dit, notre hôte a fait son apprentissage en Gruyère, du côté helvète du pointillé. C'est donc la méthode des tavillonneurs qu'il utilise plus généralement. Cette méthode est dite à la "hachette"









Il est à noter que tous les outils coupants de notre artisan sont réalisés sur commande spéciale dans différentes taillanderies. (forges qui réalisent des outils coupants: haches, faux etc...)

Quand on voit la finesse du copeau et la facilité du geste, on ne peut que penser que c'est véritablement un outil coupant.

Et ainsi, jour après jour pendant le long hiver jurassien, Robert et son salarié stockeront des tavaillons prêts à l'emploi qu'ils iront poser au mois d'avril, lorsqu'ils pourront à nouveau circuler librement, la neige ayant disparu. Ce petit atelier réalise bon an, mal an environ 1 200 m² de tavaillons en épicéas, de quoi recouvrir et protéger une bonne dizaine de façades de l'habitat traditionnel haut-jurassien.



Comme souvent dans la filière bois, tout ce travail ne laisse que peu de déchets puisque les copeaux sont directement recyclés en chaleur dans la chaudière à bois de la maison.



Je voudrais remercier bien sincèrement Robert Dromard et son épouse pour leur accueil oh combien chaleureux alors qu'à l'extérieur de la maison se déchaînait la première tempête de neige de l'hiver.

Rendez-vous a naturellement été pris pour le mois d'avril prochain afin d'assister en votre compagnie à la pose de ces tavaillons traditionnels.





René JV le 9 décembre 2006
Photos © René JV - 8 décembre 2006
Vidéos © Rémy JV - 8 décembre 2006.


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MessageSujet: La pose des tavaillons - un chantier de Robert Dromard   Lun 30 Avr 2007 - 14:58

Bonjour,

Au mois de décembre 2006, je vous avais donné rendez-vous pour assister à la pose des tavaillons dont nous venions de voir la fabrication.

Monsieur Robert Dromard, artisan tavaillonneur, m'informe qu'il va commencer un nouveau chantier à la Pesse (39) fin avril, début mai 2007.

Plan © chambres-hotes-larenouee.com


Je me rends immédiatement sur place pour voir les lieux avant travaux.



La Renouée est une fleur rose commune dans le Haut-Jura



-24 avril 2007 -

Une importante maison d'habitation dont l'origine remonte à 1832,



et dont une partie a été aménagée en chambres d'hôtes présente des bataillées ouest et sud en très mauvais état.






Un chantier de tavaillonnage

- 30 avril 2007 -
Lambourdes, linteaux, tavaillons sont à pied d’œuvre.



les premiers tavaillons gonflent dans l'eau afin d'éviter qu'ils n'éclatent lors du clouage.



Sur la façade sud, les premiers travaux ont commencé. Les vieilles tôles rouillées ont été démontées, les lambourdes scellées verticalement sont mises en place.



Lors du démontage de l'ancienne bataillée, on retrouve d'anciens clous forgés dont la fabrication peut remonter à l'époque de construction de la maison, soit au XIX siècle..







Puis c'est au tour des linteaux d'être cloués horizontalement sur les lambourdes en respectant un écartement adéquat. C'est sur ces linteaux que seront fixés les tavaillons.
Généralement les tavaillonneurs laissent libre l'espace entre la façade et les linteaux afin que l'air puisse y circuler.
Dans les cas extrêmes où une isolation supplémentaire s'avère nécessaire, on peut glisser derrière les linteaux une feuille de 3 à 4 cm d'épaisseur en matériau isolant genre polystyrène expansé.



- 3 mai 2007 -

L'échafaudage est en place et les tavaillonneurs sont au travail.



Notre ami Robert Dromard nous accueille sur son chantier.



Puis il reprend son travail, et fixe les lambourdes verticales. Le travail semble répétitif: perçage de la lambourde et du mur en s'efforçant de choisir de bonnes pierres, puis insertion d'un cheville plastique retenue au bord de la lambourde par une petite collerette. D'un coup de marteau précis une vis vient faire gonfler la cheville, la bloquant dans le mur et scellant la pièce de bois.
Simple et efficace tout en restant démontable.



Cependant, même répétitif, le travail avance. L'auvent de la fenêtre prend forme et les premiers tavaillons sont déjà posés au pied du mur.



Pendant ce temps, sur le toit d'un petit appentis, un ouvrier s'affaire.



L'outil universel du tavaillonneur est la "martelle", grâce à elle l'artisan peut réaliser toutes les opérations nécessaires à son art.



Remarquez la marque du compagnon sur l'outil



Un cloueur pneumatique peut également être utilisé, mais il sert surtout à clouer les linteaux sur les lambourdes. La photo du centre ci dessous vous montre la martelle en détail.



et bien vite, le panneau se termine avec ses trois épaisseurs de tavaillons, et la fermeture du coté.



- 7 mai 2007 -

Retour sur le chantier, le travail progresse allègrement, le petit auvent que j'avais pris comme point de repère est maintenant terminé.





Robert cloue imité par ses compagnons.









Partout l'on peut apercevoir le triple recouvrement exigé par la pose traditionnelle.



- 11 mai 2007 -

Robert est toujours au travail,



Mais l'échafaudage s'est hissé de deux mètres et le chantier atteint largement le 1er étage de la maison.



Sur le côté gauche, le travail est en attente puisqu'il est prévu un retour de la bataillée sur la façade ouest, en remplacement de tavaillons frappés par la limite d'âge.



- 19 mai 2007 -

Plus de traces de l'ancienne bataillée, il ne reste plus que quelques rangs à poser pour terminer la façade.





- 30 mai 2007 -

La renouée est fière de dévoiler sa façade sud terminée





comme l'affirment les croisillons du parachèvement.



Robert et ses compagnons s'affairent maintenant sur la façade ouest que nous devrions découvrir à son tour achevée la semaine prochaine.

- 13 juin 2007 -

La façade ouest est, elle aussi, maintenant terminée.
Il ne reste plus qu'à rependre les volets aux fenêtres.



L'ensemble du chantier est achevé, le tavaillonneur est parti vers d'autres tâches.
La Renouée est à nouveau protégée des intempéries pour un demi siècle.
Espérons qu'un autre artisan aura alors repris l'art et le savoir faire de Robert pour être en mesure de renouveler cette bataillée dans l'authenticité de la tradition.



Je voudrais remercier bien sincèrement Mme et Monsieur Grenard, les propriétaires de "La Renouée" qui nous ont toujours accueillis avec un mot gentil à chacune de nos incursions sur leurs terres.
Je voudrais aussi en temps que Jurassien amoureux de son pays, les féliciter pour cette réhabilitation de l'habitat traditionnel et séculaire de ces Hautes Combes.

Merci aussi à l'homme passionné par son métier qu'est Robert Dromard, l'artisan de ce renouveau. Tout au long de ce reportage, ce fut un privilège de le côtoyer et de l'écouter et un réel plaisir de le voir à l'ouvrage.







Après avoir réhabilité cette maison et "renoué" avec leurs sources, Chantal et Dominique ont créé en 2005 deux chambres et une table d'hôtes afin de faire partager leur goût du Haut-Jura authentique.



Pour en savoir plus, cliquer sur le lien:
http://chambres-hotes-larenouee.com/
et n'hésitez pas à contacter Chantal.




René JV, avril - mai - juin 2007
Photos © René JV - 2 ème trimestre 2007


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MessageSujet: Re: Les Tavaillons dans le Ht-Jura - Les Bouchoux - La Pesse (39   Jeu 12 Juil 2007 - 23:08

Et enfin pour terminer ce sujet, Robert Dromard tenait à nous présenter un usage moins connu que le tavaillon en bataillée,

Le tavaillon en couverture

Pour recouvrir une maison de tavaillons, il faut choisir un tavaillon de mélèze de moyenne altitude qui offre le même genre de fibres que l'épicéa haut-jurassien, et qui par conséquent se travaille de la même façon. Ce mélèze vient principalement d'Autriche et permet une garantie de quatre-vingts ans de bons et loyaux services, soit plus que tôles pré-laquées ou tuiles mécaniques.



Sur les "Roches d'Orvaz" à la limite du Jura et de l'Ain, à quelques centaines de mètres de son domicile, notre ami Robert vient de terminer un pan de la maison de son ami Pierre-Phi.



Comme pour la pose en bataillée, on retrouve la pose en trois épaisseurs.







Dans quelques années, la couleur du mélèze se confondra avec celle de l'épicéa dont est recouvert la façade, et la maison retrouvera son unité.



D'autant plus qu'un projet est à l'étude pour le remplacement des tôles de la bataillée sud et du auvent,



ce qui ne manquera pas de mettre en valeur la magnifique porte.





Fin 2008, Robert Dromard s'est doté d'un site internet que je vous conseille de visiter à l'adresse:

http://www.tavaillon-dromard.fr

Il faut savoir aussi que suite à la demande de plusieurs d'entre vous, Robert vend maintenant ses tavaillons prêts à poser.
N'hésitez pas à le contacter pour en connaître les conditions.



René JV le 12 juillet 2007
Photos © René JV - 12/07/2007

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MessageSujet: Re: Les Tavaillons dans le Ht-Jura - Les Bouchoux - La Pesse (39   Aujourd'hui à 16:35

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